Planification et ordonnancement de la production : le guide simple pour mieux planifier en atelier (CNC et sous-traitance)
Dans un atelier CNC ou une entreprise de sous-traitance, la question n’est pas seulement “qu’est-ce qu’on doit fabriquer ?”. La vraie question, tous les jours, c’est :
Quoi produire, quand, et sur quelles ressources (machines + opérateurs) — sans créer de retard ni d’encours inutiles ?
C’est exactement le rôle de la planification de la production et de l’ordonnancement de la production.
Quand le système est bien maîtrisé, vous obtenez :
- un plan de production réaliste,
- un planning de production qui tient la route,
- moins d’urgences,
- moins d’encours,
- et un meilleur débit… sans embaucher.
Quand c’est mal maîtrisé, vous obtenez l’inverse :
- un planning usine “théorique” (souvent fait sur Excel),
- des priorités qui changent sans arrêt,
- des opérateurs qui attendent ou qui courent,
- des OF lancés trop tôt,
- et des livraisons en retard.
Ce guide explique simplement :
- la différence entre planification et ordonnancement,
- les méthodes qui marchent en atelier (push/pull, capacité finie, règles simples),
- comment choisir un logiciel planning ou un outil de planification adapté,
- comment démarrer avec un pilote sans perturber l’atelier,
- quels KPI suivre pour prouver l’impact.
TL;DR
- Passer à un planning dynamique en capacité finie (réaliste) permet souvent d’améliorer l’utilisation des ressources et de réduire les retards (gains observés en pilote : +10 à +25% dans certains ateliers connectés).
- Un bon logiciel de planification doit synchroniser l’ERP, gérer la capacité, et faciliter la replanification (glisser-déposer, alertes, scénarios).
- Démarrez petit : une cellule, capture des temps réels, validation rapide, puis extension progressive pour réduire les urgences et les interventions manuelles.
Qu’est-ce que la planification de la production et l’ordonnancement de la production ?
Imaginez une école :
- La planification = décider quelles matières sont au programme de la semaine, combien d’heures, et quels professeurs.
- L’ordonnancement = faire l’emploi du temps précis (lundi 8h-10h, salle X, prof Y).
En atelier, c’est pareil.
Planification de la production : “quoi” et “combien”
La planification production définit la feuille de route :
- quels produits / pièces fabriquer,
- quelles quantités,
- sur quel horizon (semaine / mois),
- avec quelles ressources globales (machines, équipes),
- et quels objectifs (délais, coûts, niveau de service).
On parle souvent de planification industrielle.
Ordonnancement production : “quand” et “sur quelle ressource”
L’ordonnancement de la production traduit le plan en actions précises :
- quel OF passe sur quelle machine,
- à quelle date et à quelle heure,
- avec quel opérateur (si la compétence est une contrainte),
- en tenant compte des changements de série, des priorités, des indisponibilités.
C’est votre tableau d’ordonnancement : le planning de fabrication qui sert à piloter le quotidien.
Pourquoi c’est vital en CNC / sous-traitance ?
Dans un atelier de sous-traitance :
- les délais clients sont serrés,
- la variabilité est élevée (différentes pièces, différents temps, différents montages),
- les goulots changent,
- les temps standard sont parfois faux.
Donc le planning automatique “par défaut” (ou le planning Excel) finit souvent par diverger de la réalité.
Pourquoi un bon logiciel planning change réellement le débit et la ponctualité ?
Un logiciel de planification de la production utile ne sert pas juste à “faire un planning joli”. Il sert à :
- respecter la capacité réelle,
- réduire l’encours de production,
- diminuer les files d’attente entre opérations,
- améliorer le taux de service (livrer à l’heure),
- réduire les urgences (expedites).
En clair : il aide votre atelier à mieux respirer.
Quelles méthodes de planification et d’ordonnancement conviennent aux petits ateliers ?
Il n’y a pas une méthode unique. Il y a des combinaisons adaptées à votre mix (répétitif vs très variable).
1) Push (MRP) vs Pull (Kanban) : quelle différence ?
Push (MRP / ERP) : on “pousse” le travail dans l’atelier selon un plan.
- Avantage : bon pour gérer matières, besoins, approvisionnement.
- Risque : si on pousse trop, l’atelier se remplit d’encours.
Pull (Kanban) : on ne produit que si un besoin réel “tire” la production.
- Avantage : contrôle des encours, plus de stabilité.
- Limite : nécessite des familles relativement répétitives, ou au moins des boucles stables.
Hybride (souvent le meilleur en sous-traitance) :
- MRP pour les matières à long délai et la vue globale,
- Kanban pour limiter l’encours sur des familles ou postes répétitifs.
2) Ordonnancement à capacité infinie vs capacité finie
Capacité infinie : on planifie comme si les machines et les opérateurs étaient toujours disponibles.
Résultat fréquent : surcharge, retards, replanification permanente.
Capacité finie : on planifie en tenant compte de la capacité réelle :
- calendrier machine,
- indisponibilités,
- changements de série,
- contraintes opérateur,
- outillage.
C’est la base d’un planning dynamique crédible.
3) Règles simples (heuristiques) vs APS (optimisation)
Règles simples (rapides, faciles à comprendre) :
- EDD : Earliest Due Date (échéance la plus proche)
- SPT : Shortest Processing Time (opération la plus courte)
- CR : Critical Ratio (travail en danger si < 1)
APS / optimisation :
- utile quand vous avez beaucoup de contraintes et de conflits,
- utile si les changements de série et la séquence ont un impact énorme,
- plus puissant mais plus exigeant en données et en adoption.
Quel outil de planification choisir selon votre niveau de maturité ?
Avant de parler “outil”, il faut se poser une question simple :
Votre problème principal, c’est la visibilité, ou la décision automatique ?
- Si vous manquez de visibilité : commencez par un tableau clair + règles + discipline.
- Si vous avez la visibilité mais pas la décision fiable : capacité finie + données réelles.
Tableau de comparaison (simple) : Excel vs logiciel planning vs APS
| Solution |
Pour quoi c’est utile |
Limites fréquentes |
Quand c’est le bon choix |
| Excel / tableau manuel |
Démarrer vite, petits volumes, planning hebdo simple |
Mises à jour difficiles, erreurs, pas de capacité finie réelle, versions multiples |
Atelier très petit ou phase “prototype” |
| Logiciel planning (capacité finie + glisser-déposer) |
Planning de production réaliste, replanification rapide, visibilité goulots |
Demande des données correctes (temps, gammes), discipline de suivi |
La majorité des ateliers CNC (pilotage quotidien) |
| APS / optimisation avancée |
Arbitrage multi-contraintes, séquences, setups, scénarios |
Mise en œuvre plus lourde, conduite du changement, qualité des données |
Forte variabilité + fortes contraintes + enjeux délai/coût élevés |
Quels critères sont essentiels pour choisir un logiciel de planification ?
Quand vous comparez des solutions, ne vous perdez pas dans les “options”. Concentrez-vous sur 6 points.
1) Données : le logiciel peut-il utiliser des temps réalistes ?
Sans temps réalistes, même le meilleur outil donnera un mauvais planning.
Priorisez :
- capture de temps de cycle (si possible),
- mise à jour facile des temps standards,
- gestion des temps de réglage (setup),
- prise en compte des arrêts.
2) Capacité finie : le planning respecte-t-il vos contraintes ?
Un bon logiciel de planification de production doit :
- gérer le calendrier machine,
- les équipes et shifts (planning horaire de travail),
- les indisponibilités,
- les règles de priorité.
3) Facilité d’usage : le planificateur peut-il replanifier en 2 minutes ?
Indispensable :
- glisser-déposer,
- filtrage par machine / famille / urgence,
- mise en évidence des conflits (surcharge),
- simulation simple (“si je passe cet OF en premier, qu’est-ce qui se passe ?”).
4) Intégrations : ERP et terrain
Minimum attendu :
- import des OF (ERP/MRP),
- retour d’avancement (quantité faite, statut),
- idéalement synchronisation bidirectionnelle.
5) Interfaces atelier : comment l’atelier “voit” la priorité ?
Sans une vue claire côté atelier, les équipes reviennent aux tableaux blancs.
Indispensable :
- liste de travail par machine,
- OF en cours,
- prochains OF,
- consignes simples.
6) ROI : comment mesurer le gain ?
Un logiciel doit prouver qu’il réduit :
- les urgences,
- les retards,
- les encours,
- le temps passé à “courir après l’info”.
Comment capter des temps de cycle fiables et équilibrer la charge opérateur ?
Un planning devient réaliste quand deux choses sont réalistes :
- les temps machine,
- la charge opérateur.
Temps machine : l’erreur la plus fréquente
Beaucoup d’ateliers planifient avec des temps “historiques” ou “estimés”.
Mais si vos temps standards ont 20–30% d’erreur, votre calendrier de production sera instable.
Approche simple :
- prenez une famille de pièces,
- mesurez 5 à 10 cycles réels,
- comparez au temps standard,
- corrigez.
Même sans systèmes complexes, cette démarche améliore déjà le planning.
Charge opérateur : pourquoi ça bloque souvent
Deux machines peuvent être “disponibles”, mais si un seul opérateur doit :
- charger,
- régler,
- contrôler,
- gérer des déplacements,
alors votre capacité réelle est plus faible que ce que “dit le planning”.
Astuce simple :
- identifiez les opérations qui demandent le plus de “temps main”,
- évitez de les mettre toutes en même temps sur le même opérateur,
- utilisez le planning pour lisser.
Comment déployer un planning dynamique sans perturber l’atelier ?
Le déploiement le plus sûr est progressif.
Étape 1 : pilote sur une cellule (4 à 8 semaines)
Choisissez une cellule où :
- la charge est significative,
- vous avez des retards ou de l’encours,
- l’équipe est prête à jouer le jeu.
Mesurez avant :
- débit (pièces / quart),
- encours,
- respect du planning,
- urgences.
Étape 2 : planification journalière simple + tableau d’ordonnancement
Mettez en place :
- une vue quotidienne (planning quotidien),
- des règles de priorité claires,
- un tableau visuel partagé.
Étape 3 : replanification contrôlée
Le but n’est pas de changer le planning toutes les heures.
Le but est d’avoir un planning qui s’adapte quand il y a une vraie exception :
- panne,
- urgence client,
- manque matière,
- non-conformité.
Étape 4 : extension cellule par cellule (3 à 6 mois)
Quand le pilote est stable, vous répliquez :
- mêmes règles,
- mêmes KPI,
- même rituel.
Quels KPI suivre pour prouver l’amélioration du planning de production ?
Restez simple, sinon plus personne ne suit.
- Respect planning (schedule attainment) : % OF terminés comme prévu
- Encours : nombre d’OF ouverts / pièces en attente entre postes
- Délai moyen : du lancement à la fin
- Débit : pièces/quart ou OF/semaine
- Urgences : nombre d’expedites / semaine
Si votre planning s’améliore, vous verrez :
- encours ↓
- urgences ↓
- respect planning ↑
- débit ↑
- délais ↓
Conclusion : mieux planifier, ce n’est pas “plus compliqué”, c’est “plus clair”
En CNC et sous-traitance, la performance vient souvent de la clarté :
- un plan de production réaliste,
- un planning de production qui tient compte de la capacité,
- une priorisation stable,
- une visibilité atelier simple,
- et un déploiement progressif.
Commencez petit : une cellule, un tableau d’ordonnancement, un planning quotidien, et des temps mieux validés. C’est souvent suffisant pour transformer la stabilité… et augmenter la production sans embaucher.
FOIRE AUX QUESTIONS
1) Quelle est la différence entre planification et ordonnancement ?
La planification décide “quoi faire et en quelle quantité”.
L’ordonnancement décide “quand, sur quelle machine, et dans quel ordre”.
2) Est-ce qu’un logiciel planning est utile si j’ai déjà un ERP ?
Oui, parce que l’ERP gère surtout les données et la logique globale. Un logiciel de planification gère mieux le quotidien : capacité finie, priorités, replanification, visibilité atelier.
3) Capacité finie : est-ce indispensable ?
Si vous avez des retards fréquents, des urgences, et beaucoup d’encours : oui. La capacité infinie crée presque toujours de la surcharge cachée.
4) On a beaucoup de variabilité : est-ce que ça vaut le coup ?
Justement : plus il y a de variabilité, plus un planning dynamique (et des règles simples bien appliquées) apporte de la stabilité.
5) Quel est le meilleur point de départ ?
Un pilote sur une cellule :
- temps mieux validés,
- tableau d’ordonnancement,
- règles de priorité,
- KPI simples.
Ensuite seulement, vous élargissez et automatisez.